RÉSUMÉ
LE CRIME DE RIVER HOUSE,
POLYCARPE (vol.5)
Une vieille amie de Polycarpe
vient de se rompre le cou dans lescalier de son
manoir, alors quelle venait de solliciter ses
talents de détective pour éclaircir une sombre affaire.

Il se rend aux obsèques par un
froid polaire et se retrouve piégé par le verglas, à River
House. Le manoir, divisé en appartements,
abrite de singuliers locataires.
En les interrogeant pour comprendre ce que la vieille
dame attendait de lui, il déclenche une avalanche de
révélations dont certaines le touchent personnellement,
remuant un passé mal cicatrisé...
Lamour de sa compagne,
laffection de sa fille, et le soutien indéfectible
de ses amis, lui permettront de surmonter les
déprimantes révélations de cette double énigme
criminelle.
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EXTRAIT :
(...)
Pendant ce touchant interlude, Fanny faisait le
tour de la pièce en touriste, les mains dans le dos,
détaillant la sobre décoration (l'unique tableau au-dessus
de la cheminée), les meubles, les poutres, le grand
lustre, et jetant un il dans le hall central où
ronflait un gros poêle norvégien. Son petit tour
terminé, elle se plaça devant la cheminée, le dos à
la chaleur des flammes.
- C'est bien chez vous, dit Fanny. Austère mais classe !
La cousine avait des formes arrondies sans excès de
poids, sans doute un brin nonchalante, un sourire avenant
et spirituel, ses yeux pétillaient d'empathie ; il
avait perçu dans sa voix les nuances de l'intelligence.
Elle lui plaisait beaucoup dans ses superpositions d'étoffes
fluides, de longueurs et de gris différents - n'était
sa crinière d'un roux flamboyant qui sembla doubler de
volume quand elle retira son petit chapeau noir en forme
de pâtisson ; il lui aurait volontiers proposé un
élastique, un chouchou, ou des épingles à chignon.
Trop soudainement mis en présence d'une femme
séduisante et célibataire, Polycarpe n'était jamais à
l'abri d'un reflux sexiste. Pourtant intellectuellement
et férocement battu en brèche, un relent machiste
remonta des profondeurs néanderthaliennes de son cerveau,
lui dictant deux ou trois interrogations subliminales
primitives : pourquoi une aussi charmante personne n'était-elle
pas accompagnée (sous la coupe) d'un homme ? Avait-elle
une libido volcanique et collectionnait-elle les amants ?
Ou bien était-elle homosexuelle ?
Dieu merci ! Ou plutôt, merci Darwin !
Polycarpe chassa derechef ces considérations fossiles.
Fanny n'était ni lesbienne, ni nympho, ni frigide :
c'était une personne autonome, indépendante, un être
humain ni dominé ni dominant. Évidemment, pour le
commun des mortels, ce n'était pas facile à concevoir,
pas plus que l'expansion de l'univers ou la théorie des
cordes. Mais, rappelons-le, Polycarpe n'était pas tout
à fait un mortel commun.
Fanny fouilla dans un de ses sacs de voyage et lui tendit
un petit colis parfaitement emballé dans du papier brun
aux angles nets. La raison sociale mentionnée sur l'étiquette
autocollante l'intrigua : armurerie, coutellerie Saint-Claude.
-Qu'est-ce que... ? Il ne fallait pas...
Il la regardait avec ahurissement et joie : un
cadeau, pour lui ! Elle était merveilleuse.
Les deux pans de sa moustache se relevèrent de façon
guillerette. Il le déballa soigneusement parce qu'il
avait l'intention de réutiliser le papier, ouvrit un
boîtier et à sa grande surprise découvrit... une pipe.
- C'est que je ne fume plus depuis quinze ans, se désola-t-il.
- Ça ne fait rien. Regardez, c'est une Peterson. J'ai
trouvé pour vous la pipe de Sherlock Holmes. Un
détective, ça possède une pipe !
- Je ne veux pas vous contredire au moment de votre
arrivée, Fanny, mais il n'y a aucune description de la
pipe de Sherlock Holmes dans les livres de Conan Doyle.
Ce sont les illustrateurs qui ont inventé la forme de sa
pipe.
- C'est Magritte à l'envers, alors : ceci n'est pas
une pipe !
- Ah, ah ! rit-il. Très juste ! Eh bien... D'accord !
Ceci est une pipe de détecteur de crimes !
Il se colla le tuyau dans la bouche, en prenant l'air
soupçonneux, puis l'admira à bout de bras.
- Et si je la faisais monter en enseigne au-dessus de ma
porte ? Qu'en pensez-vous Imogène ?
- C'est une idée excellente, Poly. Je pourrais même en
vendre des répliques dans mon commerce, sous l'appellation
plagiaire de « Pipe de Polycarpe ».
Elle ajouta avec dérision :
- Maintenant que vous êtes célèbre au village.
- Han, han, grimaça-t-il. Merci, merci beaucoup Fanny.
Allez, tiens ! Je vous fais la bise !
(...)
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PRESSE
: 
[P. Chauvin, La Nouvelle Republique]
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