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extrait (lire le chapitre 1)

Fiche Presse

La série :

En retapant un vieux logis délabré, déniché dans un des plus beaux villages de France, Polycarpe Houle reprend goût à la vie après le décès accidentel de sa femme.
  Ce vétérinaire quinquagénaire aux manières simples, au caractère bourru et à l’esprit caustique démarre une nouvelle existence.
 Il s’intègre tant bien que mal dans ce microcosme rural, représentatif de la diversité des caractères humains, et tisse des liens amicaux avec les plus fantasques d’entre eux, lesquels forment un groupe haut en couleur de personnages récurrents.
Mais la quiétude villageoise est perturbée par la remontée en surface de secrets depuis longtemps enfouis. Polycarpe et ses amis sont ainsi conduits à élucider des crimes qui, sans eux, seraient probablement restés impunis.

Dans cet épisode :

Polycarpe vient d'emménager dans le village de Rochebourg.
Il se lie rapidement avec le cafetier instituteur, la nourrice artiste peintre et la psychanalyste marchande de miel.
Un jour, il apprend que des choses étranges se sont produites dans sa demeure ; le jeune homme qui lui a cédé sa maison est l'héritier d'un mystérieux magistrat qui a vécu dans son logis.
Il fait la connaissance d'une châtelaine nymphomane et d'une vicomtesse psychopathe et, un moment, craint lui-même pour sa santé mentale.
S'il perce les secrets d'une vengeance sordide et de moeurs dépravés, il n'en apprécie que plus la fantaisie, la candeur et l'anticonformisme de son cercle rapproché d'amis.

PRESSE

Article de Bénédicte de Chivré dans "La Renaissance Lochoise".

"Mystères au village"

« Les aventures que démêle Polycarpe Houle, un aimable retraité, se déroulent dans un paisible village. L'humour, le sens de l'observation, mariés à une énigme bien ficelée, font du "Vieux logis" de Claudine Chollet, un livre très plaisant.

POLYCARPE Houle est un jeune retraité. Quelqu'un de très normal. Pas très beau. mais curieux. Aspirant à la tranquillité mais capable de s'émouvoir d'un joli décolleté. Il sait reconnaître un cépage au fond du verre. Il vient d'emménager dans le vieux logis, une maison délabrée du pittoresque village de Rochebourg. Ses voisins sont hétéroclites : Marie Bulu et ses enfants. Imogène qui vit séparée de son vigneron de mari. Calamity à la tête de son centre équestre. Pas de vrais ruraux. mais des citadins installés à la campagne et peints à grands traits. Il y a même l'Alipa, l'association qui veut animer le village. Le tout dans un décor comme qui dirait Montrésor fait de vieilles pierres, des troglodytes, un Château.

Polycarpe. le héros du Vieux Logis est un personnage récurrent. Claudine Chollet avoue : "en tant que lectrice. j'adore retrouver des personnages tels que Homes et Watson, Hercule Poirot... J'ai pensé que ce moyen serait efficace pour distraire les autres en prenant moi-même du plaisir à écrire ".

Les situations dans lesquelles elle place ses personnages sont souvent drôles et leurs réactions cocasses. " J'ai réellement envie de créer une complicité avec le lecteur, de faire passer au moyen de l'humour un petit souffle de vie. Je ne veux pas graver des pensées profondes dans le granit. Même si parfois. sous la légèreté, je suggère des choses sérieuses..."

Polycarpe Houle va-t-il exhumer la vérité enfouie dans le passé'? " Le roman à énigme est un peu une métaphore de la vie " explique Claudine Chollet. " On cherche les clés pour vivre heureux. pour que tout rentre dans l'ordre. Pour venir à bout des angoisses. Ce n'est pas une morale. L'investigation est un moyen stimulant de faire rebondir l'histoire, de faire vivre et agir les personnages, de créer des situations de suspens, parfois loufoques... "

Claudine Chollet. qui avait déjà produit un épisode de la série le Poulpe a inventé avec Polycarpe un héros moderne et proche. Le récit est rythmé et gai. vous reconnaîtrez certains de vos voisins dans les personnages. Bref, si vous voulez passer un excellent moment sans prise de tête. Polycarpe vous tend la main. »

Extrait :

CHAPITRE 1

Les dalles du sol n’étant pas planes, l’escabeau où il était juché pour lisser le torchis du plafond avait de brusques accès de claudication et Polycarpe assurait son équilibre en agrippant la poutre de la main gauche. Il coinçait entre ses pieds une cuvette emplie d’une gâche de néophyte, au plâtre trop liquide, dont la plus grande partie le maculait de dégoulinades et giclait par terre sur les feuilles déployées du Nouvel Écho.

Il avait entrepris de retaper sa vieille demeure, en commençant par la cuisine. Aucun artisan n’avait jugé rentable ce ravaudage de torchis, la chaux s’était délitée et il tombait, n’importe où, des averses inopinées et généreuses de poussières noirâtres, y compris dans son assiette.

C’était exactement l’activité dont il avait besoin en ce moment. Les efforts physiques lui assuraient un quota de sommeil réparateur, le résultat bien visible était encourageant et il formait à nouveau des projets. Pour survivre à son chagrin après le décès accidentel de son épouse, Polycarpe avait décidé de changer d’existence. Il avait vendu l’appartement conjugal et cédé son cabinet de vétérinaire, s’estimant ainsi suffisamment nanti pour subvenir à ses dépenses jusqu'à la date officielle de sa retraite. 

Dans sa quête acharnée d’un nouveau lieu de vie, il avait scrupuleusement écumé la région et découvert, dans une boucle d’itinéraire oublié depuis la construction d’une rocade, le pittoresque village de Rochebourg bâti en terrasses sur une colline et dominé par les vestiges d’un château.

Confondu par l’apparition, il avait arpenté les ruelles escarpées, emprunté les escaliers moussus qui les reliaient, s’était fourvoyé dans les cours d’habitations troglodytes, perdant tout sens de l’orientation dans les sentiers en spirale qui contournaient des ruines, bifurquaient vers des entrées de caves et de galeries, passaient sous des arches de pierre d’où pendouillaient des lianes. 

Subissant littéralement le charme de ce lieu, contre toute attente et en dépit de l’esprit logique dont il s’était cru pourvu, il avait ressenti dans toute sa personne une vibration irrationnelle. Il lui semblait revenir d’un long voyage et percevoir les effluves d’un bonheur oublié. 

Il avait été traversé d’une interrogation subliminale qu’il n’aurait pas avouée sous la torture, n’avait-il pas déjà vécu à Rochebourg dans une existence antérieure ?   

Le village s’étageait sur un promontoire de roches tendres où subsistaient les restes déchiquetés d’un château médiéval. Au croisement des rues du Château et de l’Église aboutissaient deux venelles tortueuses, dites rues de la Porte du Nord et de la Portedu Sud. Cette intersection formait, au cœur du bourg, une sorte de rond-point octogonal, au macadam antédiluvien gondolé par les racines d’un chêne tricentenaire, sur lequel ouvrait directement la nouvelle résidence de Polycarpe.

La grande double porte vitrée de la cuisine était encadrée de deux bornes coniques qui protégeaient l’habitation à l’époque des pataches.

Avec ses fenêtres à meneaux, ses pignons à gâble et ses lucarnes à clochetons, cette prestigieuse masure lui avait bel et bien tapé dans l’œil, malgré son état lépreux et à deux doigts d’être frappée de démolition.

Heureux propriétaire depuis un peu plus d’un mois, Polycarpe se sentait doucement revivre. En haut de son escabeau, enveloppé d’un sac-poubelle et coiffé d’un bob, il fredonnait approximativement sur un swing diffusé par la radio.  

Un toc-toc timoré résonna contre une vitre de la porte grande ouverte directement sur la rue. Un petit môme de sept ou huit ans se tenait sur le seuil, encombré d’un grand carton, vêtu d’un short taillé dans un vieux jean, d’un tee-shirt sale et chaussé d’énormes baskets. Devant son expression tristounette, Polycarpe lança un « bonjour jeune homme ! » plein de bonne humeur. Il descendit de son perchoir et coupa le son du transistor.

– C’est maman qui m’a dit de venir. Elle dit que vous savez soigner les animaux.

– Allons bon, déjà ? rumina le nouvel habitant.

Il se doutait bien qu’un jour où l’autre on profiterait de ses compétences, mais pas si tôt. 

– Aujourd’hui, tu vois, je suis plâtrier.

Le garçon pouffa.

– Ben, on l’dirait pas !

Il fit mine de considérer l’enfant d’un air offensé, les sourcils en accent circonflexe. 

– C’est bon, tu as raison. Montre voir !

Le gamin posa son carton sur la table et en écarta les rabats.

– Est-ce qu’il va mourir, vous croyez ?

Un hérisson gisait sur le flan, inerte, des fourmis sortaient des soies, couraient sur ses yeux et son museau. 

Il gratouilla le ventre gonflé de l’animal qui n’eut aucun réflexe.

– Regarde sa petite truffe, elle brille, ça veut dire qu’il n’est pas mort, d’accord ? 

– Oui monsieur, fit l’enfant, un peu rassuré.

– Où l’as-tu trouvé ?

- Dans les fraisiers, au jardin de Berouette.

– Il s’est goinfré de fruits à se faire péter la panse et dans quelques heures, tu verras, il se remettra à bouger. Alors, comment t’appelles-tu ?

– Jaco. Je suis le fils de Mama Boubou.

– Mama Boubou ! 

Polycarpe l’avait déjà rencontrée à la tournée du boulanger. Il se demanda par quel miracle génétique cette confortable Martiniquaise à l’épiderme étincelant avait pu enfanter ce petit pâlichon chétif.

– Je connais ta maman, dis-lui que j’irai prendre des nouvelles du hérisson.

Juste au moment de sortir, Jaco s’arrêta sur le seuil.

– C’est comme Muguette alors, quand elle reste sans parler et sans bouger, c’est une indigestion.

– Muguette ? 

– C’est ma grande sœur. Des fois, on croit qu’elle ne respire plus. Au revoir, monsieur.

 

Après le départ de Jaco, la gâche était solidifiée. Il était près de dix-huit heures et Polycarpe décida de débaucher anticipant le plaisir d’aller s’attabler au café de Basile où il dînait chaque soir en attendant que sa cuisine soit opérationnelle.

Il se débarrassa de ses hardes, décolla au canif le plâtre séché dans les poils de ses bras et se récura dans un cabinet de toilette au confort sommaire, pourvu d’une douche qui pissotait lamentablement. 

Il enfila un pantalon de velours côtelé et un polo sur lequel il arrima sa paire de bretelles. Prévoyant l’éventualité d’une soirée fraîche, il prit un grand gilet sans manche quelque peu gondolé par les lavages. Il passa un coup d’éponge sur ses mocassins et se voûtant pour apercevoir son reflet dans une petite glace accrochée au hasard d’un clou préexistant, il aplatit ses cheveux à l’eau de Cologne ; d’un châtain de plus en plus clair, ils frisottaient tristement.

Il ne supportait pas son image et ne regardait dans le miroir que les éléments de sa personne qu’il devait entretenir. Il n’avait pas le visage buriné de profonds sillons expressifs mais des joues plutôt mollassonnes, un nez en patate et des poches en formation sous les yeux. Toute la vivacité et la sagacité de son caractère passaient dans l’éclat ironique de son regard, dont il n’était pas conscient puisqu’il n’échangeait avec son reflet qu’un bref coup d’œil rancunier.

Sa silhouette un peu empâtée et des membres courts lui donnaient une démarche involontairement empressée tandis qu’il traversait le village en direction du café, dernière maison à l’ouest avant les champs de tournesol et le méandre languissant de la Gourmette. 

Il se savait furtivement observé : son statut de nouvel habitant provoquait une curiosité mitigée. La plupart des Rochebourgeois de souche le saluaient en biais, d’un ton aigre. Les autochtones, propriétaires des terres agricoles et des vignobles se déployant comme une large collerette autour du bourg jusqu'aux confins de l’horizon, manifestaient quelques symptômes de xénophobie face à l’inexorable immigration des rurbains.

Bien qu'ayant réalisé de confortables plus-values en vendant leurs vieilles pierres aux travailleurs citadins qui voulaient vivre hors des villes, ils éprouvaient à leur égard une méfiance atavique. Ils montraient donc une certaine réticence à accueillir ce veuf presque sexagénaire qui avait déjà sympathisé avec Marie Bulu et Basile Bot, les doux dingues du bled.

C’est en découvrant une anomalie concernant Basile Bot, le cafetier, que Polycarpe avait cessé de croire que tout pouvait être à Rochebourg aussi simple que la dénomination des rues : le tavernier était instituteur, à quarts de temps alternés dans deux écoles primaires de communes voisines, en remplacement des directeurs occupés aux tâches administratives et ces matinées-là, le café restait fermé.  Basile frisait la trentaine, d’une lointaine ascendance maure, il avait hérité de traits fins, d’une peau très mate et de cheveux bouclés. C’était un homme énergique et joyeux.  

– Les travaux avancent ?

Polycarpe lui rendit sa poignée de main au-dessus de l’antique bar en ronce de noyer et remua ses épaules douloureuses.

– Doucement... Je ne m’en tire pas trop mal pour un bricoleur débutant.

Basile prit l’air malicieux en désignant du menton un gars arrimé à son Picon bière puis, ayant attiré son attention, leva l’index. 

– On n’a rien sans rien ! fit précipitamment le type en question. 

– Y a mieux, dit Basile, c’est en...

– … forgeant qu’on devient forgeron ! s’écria un amateur de muscadet prenant l’autre de vitesse, lequel stimulé lança :

– Petit à petit, l’oiseau fait son nid ! 

Basile abattit sa main sur un Petit Larousse qui trônait sur le bar et s’adressa à Polycarpe :

– C’est du boulot, mais ça vient, on s’entraîne aux proverbes des pages roses !

Polycarpe s’installa à l’une des tables rondes près du vaisselier où étaient disposés des petits paquets de brochures publicitaires pour les curiosités environnantes ainsi que des livres mis à la disposition des habitués.

Basile quitta son bar et s’assit face à son client. Toujours en mouvement, il donna un vague coup de torchon et semblant contenir une envie de se marrer, replaçant ses lunettes avec une légère grimace, jeta des regards alentour et claqua la table du plat des mains en se basculant contre le dossier de la chaise. Au moment où Polycarpe s’attendait à quelque déclaration d’importance, il annonça le menu sans reprendre son souffle :

– Une soupe tomate une omelette ciboulettes patates vapeur j’ai aussi un chèvre garanti parfait ça roule ?

– Épatant, dit Polycarpe. 

Basile lui tapota amicalement l’épaule et quitta la table, interpella les clients du bar, relançant avec eux une conversation sur le match de la veille tout en débouchant un gamay, coupant du pain dans une corbeille qu’il apportait et posait au hasard en regardant par la fenêtre, avant de filer dans l’arrière-salle.

Polycarpe soupçonnait son nouvel ami d’hyperactivité chronique.

Les consommateurs sortirent du café. Le type qui avait bu une bière partit en dernier. Avec ses cheveux en brosse plantés bas sur le front, une barbe drue et son nez long au bout arrondi, il ressemblait au hérisson de Jaco. Amusé par l’analogie, Polycarpe lui adressa un au revoir enjoué. 

– À la revoyure ! lança le bonhomme.

Basile rapportait quatre assiettes, deux verres, six couverts et un rouleau d’essuie-tout.

– C’est le fils de Chimène... Un vieux gars, le cantonnier de Rochebourg qu’on appelle Berouette.

Le cafetier initiait Polycarpe aux arcanes du pays. Il connaissait tout le monde. Quand le café désaffecté, acquis et restauré par la commune, avait été proposé en location-gérance dans l’intention d’endiguer l’inexorable agonie du village, la candidature de Basile, qui était originaire des environs et se prévalait d’un revenu stable de fonctionnaire à mi-temps, avait été jugée sans risque par les édiles.

– Je peux vous tenir compagnie ?

– Bien volontiers.

– J’aime pas manger tout seul et vous non plus ?

– Non plus. 

Polycarpe remplit leurs verres. Ils burent une gorgée et Basile jeta sur son convive un regard espiègle.

– Alors, quoi de neuf ? 

– Rien de spécial... si ce n’est la visite de Jaco. Est-il vraiment le fils de Mama Boubou ?

– Vrai. Marrant non ? Elle l’a adopté. Des parents morts dans un accident de quelque chose... avion, voiture, je l’ignore. Il a été recueilli par la DDASS, puis confié à Mama, qui est nourrice agréée. Elle a fait une demande d’adoption, ratifiée depuis peu, ça a été longuet.

– Une mère célibataire peut donc adopter...

– Eh, la preuve ! De toute façon, elle a un agrément d’aide-maternelle, on ne peut donc pas dire qu’elle ne sait pas élever des enfants ! Et puis, elle a d’assez bons revenus... de fait... avec sa peinture.

– Sa peinture ?

– Elle est artiste-peintre ! Elle fait de chouettes tableaux, vous verrez. À propos, elle signe ses toiles de son vrai nom, Marie Bulu. On l’appelle souvent Mama Boubou, comme les enfants qu’elle garde ! 

Il s’éclipsa pour rapporter le potage.

 « Voilà autre chose ! » se dit Polycarpe qui discutait avec un cafetier instituteur et découvrait une nourrice artiste peintre. 

En rencontrant quotidiennement Marie Bulu qui prenait comme lui son pain à la tournée, ils parlaient du temps et tout en cherchant la monnaie il leur arrivait parfois de déplorer les derniers désastres transmis par les ondes.

– Dites-moi, Basile, ma cour derrière la maison, c’est la jungle en pire. J’aurais besoin de quelqu’un pour me donner un coup de main. Rémunéré, bien sûr.

– Pour faucher ?

– Défricher d’abord. 

– J’ai bien une idée, dit Basile en remportant la soupière.

Quand il revint avec une omelette appétissante, Polycarpe le relança.

– Mais c’est pas dans la poche, prévint Basile, un jeune de vingt-deux, vingt-quatre ans, au chômage. Parfois, il fait des petits boulots, il s’y tient ou il s’y tient pas, ça dépend, faut avoir de l’autorité sur lui. Ici, on l’appelle Petit Lu.  

Il prit un prospectus sur le vaisselier et inscrivit son adresse.

– Pour le téléphone, les Verpré sont dans l’annuaire.  

En rentrant chez lui après dîner, Polycarpe fit un détour par la rue de la porte du Nord. Il passa devant la maison de Marie Bulu. Les volets étaient clos, les lumières éteintes, tout le monde devait être couché. Il continua son chemin. 

– Hep ! 

D’un coin obscur du petit enclos touffu qui prolongeait la maisonnette, il vit surgir la maman de Jaco dans une grande chemise de nuit blanche et froncée.

– Bonsoir ! Je vous croyais tous endormis.

– Je profite de la fraicheur, prononça-t-elle à voix basse.

Polycarpe étouffa sa voix à l’unisson :

– Pour frais, c’est frais ! On ne se dirait pas fin juin.

– Moi, ça va, chuchota-t-elle. Je bénéficie de la bonne isolation de mes kilos. Surtout, j’apprécie le calme quand ils sont tous au lit. Je ne sais pas si vous avez eu des jeunes enfants, monsieur Houle, mais c’est véritablement le seul moment de la journée où on peut penser. Oh, le hérisson est ressuscité ! Jaco ira vous remercier. J’y tiens, fit-elle d’un ton sévère. Je ne transige pas sur la politesse, monsieur Houle.

– Eh bien, soit. Basile vient de me dire que vous peignez ? J’aimerais beaucoup voir vos tableaux. 

– Quand vous voudrez. Ça me fera très plaisir. Oui, vraiment.

– Bonne nuit, madame Bulu !

Il entendit en s’éloignant un éclat de rire assourdi en cascade. Il eut l’impression qu’elle se moquait de lui.

 

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