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PRESSE « Les aventures que démêle Polycarpe Houle, un aimable retraité, se déroulent dans un paisible village. L'humour, le sens de l'observation, mariés à une énigme bien ficelée, font du "Vieux logis" de Claudine Chollet, un livre très plaisant. POLYCARPE Houle est un jeune retraité. Quelqu'un de très normal. Pas très beau. mais curieux. Aspirant à la tranquillité mais capable de s'émouvoir d'un joli décolleté. Il sait reconnaître un cépage au fond du verre. Il vient d'emménager dans le vieux logis, une maison délabrée du pittoresque village de Rochebourg. Ses voisins sont hétéroclites : Marie Bulu et ses enfants. Imogène qui vit séparée de son vigneron de mari. Calamity à la tête de son centre équestre. Pas de vrais ruraux. mais des citadins installés à la campagne et peints à grands traits. Il y a même l'Alipa, l'association qui veut animer le village. Le tout dans un décor comme qui dirait Montrésor fait de vieilles pierres, des troglodytes, un Château. Polycarpe. le héros du Vieux Logis est un personnage récurrent. Claudine Chollet avoue : "en tant que lectrice. j'adore retrouver des personnages tels que Homes et Watson, Hercule Poirot... J'ai pensé que ce moyen serait efficace pour distraire les autres en prenant moi-même du plaisir à écrire ". Les situations dans lesquelles elle place ses personnages sont souvent drôles et leurs réactions cocasses. " J'ai réellement envie de créer une complicité avec le lecteur, de faire passer au moyen de l'humour un petit souffle de vie. Je ne veux pas graver des pensées profondes dans le granit. Même si parfois. sous la légèreté, je suggère des choses sérieuses..." Polycarpe Houle va-t-il exhumer la vérité enfouie dans le passé'? " Le roman à énigme est un peu une métaphore de la vie " explique Claudine Chollet. " On cherche les clés pour vivre heureux. pour que tout rentre dans l'ordre. Pour venir à bout des angoisses. Ce n'est pas une morale. L'investigation est un moyen stimulant de faire rebondir l'histoire, de faire vivre et agir les personnages, de créer des situations de suspens, parfois loufoques... " Claudine Chollet. qui avait déjà produit un épisode de la série le Poulpe a inventé avec Polycarpe un héros moderne et proche. Le récit est rythmé et gai. vous reconnaîtrez certains de vos voisins dans les personnages. Bref, si vous voulez passer un excellent moment sans prise de tête. Polycarpe vous tend la main. » |
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CHAPITRE 1 Les dalles du sol
nétant pas planes, lescabeau où il était
juché pour lisser le torchis du plafond avait de
brusques accès de claudication et Polycarpe assurait son
équilibre en agrippant la poutre de la main gauche. Il
coinçait entre ses pieds une cuvette emplie dune
gâche de néophyte, au plâtre trop liquide, dont la
plus grande partie le maculait de dégoulinades et
giclait par terre sur les feuilles déployées du Nouvel
Écho. Il avait entrepris
de retaper sa vieille demeure, en commençant par la
cuisine. Aucun artisan navait jugé rentable ce
ravaudage de torchis, la chaux sétait délitée et
il tombait, nimporte où, des averses inopinées et
généreuses de poussières noirâtres, y compris dans
son assiette. Cétait
exactement lactivité dont il avait besoin en ce
moment. Les efforts physiques lui assuraient un quota de
sommeil réparateur, le résultat bien visible était
encourageant et il formait à nouveau des projets. Pour
survivre à son chagrin après le décès accidentel de
son épouse, Polycarpe avait décidé de changer
dexistence. Il avait vendu lappartement
conjugal et cédé son cabinet de vétérinaire,
sestimant ainsi suffisamment nanti pour subvenir à
ses dépenses jusqu'à la date officielle de sa retraite.
Dans sa quête
acharnée dun nouveau lieu de vie, il avait
scrupuleusement écumé la région et découvert, dans
une boucle ditinéraire oublié depuis la
construction dune rocade, le pittoresque village de
Rochebourg bâti en terrasses sur une colline et dominé
par les vestiges dun château. Confondu par
lapparition, il avait arpenté les ruelles
escarpées, emprunté les escaliers moussus qui les
reliaient, sétait fourvoyé dans les cours
dhabitations troglodytes, perdant tout sens de
lorientation dans les sentiers en spirale qui
contournaient des ruines, bifurquaient vers des entrées
de caves et de galeries, passaient sous des arches de
pierre doù pendouillaient des lianes. Subissant
littéralement le charme de ce lieu, contre toute attente
et en dépit de lesprit logique dont il
sétait cru pourvu, il avait ressenti dans toute sa
personne une vibration irrationnelle. Il lui semblait
revenir dun long voyage et percevoir les effluves
dun bonheur oublié. Il avait été
traversé dune interrogation subliminale quil
naurait pas avouée sous la torture, navait-il
pas déjà vécu à Rochebourg dans une existence
antérieure ? Le village
sétageait sur un promontoire de roches tendres où
subsistaient les restes déchiquetés dun château
médiéval. Au croisement des rues du Château et de
lÉglise aboutissaient deux venelles tortueuses,
dites rues de La grande double
porte vitrée de la cuisine était encadrée de deux
bornes coniques qui protégeaient lhabitation à
lépoque des pataches. Avec ses fenêtres
à meneaux, ses pignons à gâble et ses lucarnes à
clochetons, cette prestigieuse masure lui avait bel et
bien tapé dans lil, malgré son état
lépreux et à deux doigts dêtre frappée de
démolition. Heureux
propriétaire depuis un peu plus dun mois,
Polycarpe se sentait doucement revivre. En haut de son
escabeau, enveloppé dun sac-poubelle et coiffé
dun bob, il fredonnait approximativement sur un
swing diffusé par la radio. Un toc-toc timoré
résonna contre une vitre de la porte grande ouverte
directement sur la rue. Un petit môme de sept ou huit
ans se tenait sur le seuil, encombré dun grand
carton, vêtu dun short taillé dans un vieux jean,
dun tee-shirt sale et chaussé dénormes
baskets. Devant son expression tristounette, Polycarpe
lança un « bonjour jeune homme ! » plein de
bonne humeur. Il descendit de son perchoir et coupa le
son du transistor. Cest
maman qui ma dit de venir. Elle dit que vous savez
soigner les animaux. Allons bon,
déjà ? rumina le nouvel habitant. Il se doutait bien
quun jour où lautre on profiterait de ses
compétences, mais pas si tôt.
Aujourdhui, tu vois, je suis plâtrier. Le garçon pouffa.
Ben, on
ldirait pas ! Il fit mine de
considérer lenfant dun air offensé, les
sourcils en accent circonflexe. Cest
bon, tu as raison. Montre voir ! Le gamin posa son
carton sur la table et en écarta les rabats. Est-ce
quil va mourir, vous croyez ? Un hérisson
gisait sur le flan, inerte, des fourmis sortaient des
soies, couraient sur ses yeux et son museau. Il gratouilla le
ventre gonflé de lanimal qui neut aucun
réflexe. Regarde sa
petite truffe, elle brille, ça veut dire quil
nest pas mort, daccord ? Oui
monsieur, fit lenfant, un peu rassuré. Où
las-tu trouvé ? - Dans les
fraisiers, au jardin de Berouette. Il
sest goinfré de fruits à se faire péter la panse
et dans quelques heures, tu verras, il se remettra à
bouger. Alors, comment tappelles-tu ? Jaco. Je
suis le fils de Mama Boubou. Mama Boubou
! Polycarpe
lavait déjà rencontrée à la tournée du
boulanger. Il se demanda par quel miracle génétique
cette confortable Martiniquaise à lépiderme
étincelant avait pu enfanter ce petit pâlichon chétif.
Je connais
ta maman, dis-lui que jirai prendre des nouvelles
du hérisson. Juste au moment de
sortir, Jaco sarrêta sur le seuil. Cest
comme Muguette alors, quand elle reste sans parler et
sans bouger, cest une indigestion. Muguette ?
Cest
ma grande sur. Des fois, on croit quelle ne
respire plus. Au revoir, monsieur. Après le départ
de Jaco, la gâche était solidifiée. Il était près de
dix-huit heures et Polycarpe décida de débaucher
anticipant le plaisir daller sattabler au
café de Basile où il dînait chaque soir en attendant
que sa cuisine soit opérationnelle. Il se débarrassa
de ses hardes, décolla au canif le plâtre séché dans
les poils de ses bras et se récura dans un cabinet de
toilette au confort sommaire, pourvu dune douche
qui pissotait lamentablement. Il enfila un
pantalon de velours côtelé et un polo sur lequel il
arrima sa paire de bretelles. Prévoyant
léventualité dune soirée fraîche, il prit
un grand gilet sans manche quelque peu gondolé par les
lavages. Il passa un coup déponge sur ses
mocassins et se voûtant pour apercevoir son reflet dans
une petite glace accrochée au hasard dun clou
préexistant, il aplatit ses cheveux à leau de
Cologne ; dun châtain de plus en plus clair, ils
frisottaient tristement. Il ne supportait
pas son image et ne regardait dans le miroir que les
éléments de sa personne quil devait entretenir.
Il navait pas le visage buriné de profonds sillons
expressifs mais des joues plutôt mollassonnes, un nez en
patate et des poches en formation sous les yeux. Toute la
vivacité et la sagacité de son caractère passaient
dans léclat ironique de son regard, dont il
nétait pas conscient puisquil
néchangeait avec son reflet quun bref coup
dil rancunier. Sa silhouette un
peu empâtée et des membres courts lui donnaient une
démarche involontairement empressée tandis quil
traversait le village en direction du café, dernière
maison à louest avant les champs de tournesol et
le méandre languissant de Il se savait
furtivement observé : son statut de nouvel habitant
provoquait une curiosité mitigée. La plupart des
Rochebourgeois de souche le saluaient en biais, dun
ton aigre. Les autochtones, propriétaires des terres
agricoles et des vignobles se déployant comme une large
collerette autour du bourg jusqu'aux confins de
lhorizon, manifestaient quelques symptômes de
xénophobie face à linexorable immigration des
rurbains. Bien qu'ayant
réalisé de confortables plus-values en vendant leurs
vieilles pierres aux travailleurs citadins qui voulaient
vivre hors des villes, ils éprouvaient à leur égard
une méfiance atavique. Ils montraient donc une certaine
réticence à accueillir ce veuf presque sexagénaire qui
avait déjà sympathisé avec Marie Bulu et Basile Bot,
les doux dingues du bled. Cest en
découvrant une anomalie concernant Basile Bot, le
cafetier, que Polycarpe avait cessé de croire que tout
pouvait être à Rochebourg aussi simple que la
dénomination des rues : le tavernier était instituteur,
à quarts de temps alternés dans deux écoles primaires
de communes voisines, en remplacement des directeurs
occupés aux tâches administratives et ces matinées-là,
le café restait fermé. Basile frisait la
trentaine, dune lointaine ascendance maure, il
avait hérité de traits fins, dune peau très mate
et de cheveux bouclés. Cétait un homme énergique
et joyeux. Les travaux
avancent ? Polycarpe lui
rendit sa poignée de main au-dessus de lantique
bar en ronce de noyer et remua ses épaules douloureuses.
Doucement...
Je ne men tire pas trop mal pour un bricoleur
débutant. Basile prit
lair malicieux en désignant du menton un gars
arrimé à son Picon bière puis, ayant attiré son
attention, leva lindex. On na
rien sans rien ! fit précipitamment le type en question.
Y a mieux,
dit Basile, cest en...
forgeant quon devient forgeron ! sécria un
amateur de muscadet prenant lautre de vitesse,
lequel stimulé lança : Petit à
petit, loiseau fait son nid ! Basile abattit sa
main sur un Petit Larousse qui trônait sur le bar et
sadressa à Polycarpe : Cest
du boulot, mais ça vient, on sentraîne aux
proverbes des pages roses ! Polycarpe
sinstalla à lune des tables rondes près du
vaisselier où étaient disposés des petits paquets de
brochures publicitaires pour les curiosités
environnantes ainsi que des livres mis à la disposition
des habitués. Basile quitta son
bar et sassit face à son client. Toujours en
mouvement, il donna un vague coup de torchon et semblant
contenir une envie de se marrer, replaçant ses lunettes
avec une légère grimace, jeta des regards alentour et
claqua la table du plat des mains en se basculant contre
le dossier de la chaise. Au moment où Polycarpe
sattendait à quelque déclaration
dimportance, il annonça le menu sans reprendre son
souffle : Une soupe
tomate une omelette ciboulettes patates vapeur jai
aussi un chèvre garanti parfait ça roule ? Épatant,
dit Polycarpe. Basile lui tapota
amicalement lépaule et quitta la table, interpella
les clients du bar, relançant avec eux une conversation
sur le match de la veille tout en débouchant un gamay,
coupant du pain dans une corbeille quil apportait
et posait au hasard en regardant par la fenêtre, avant
de filer dans larrière-salle. Polycarpe
soupçonnait son nouvel ami dhyperactivité
chronique. Les consommateurs
sortirent du café. Le type qui avait bu une bière
partit en dernier. Avec ses cheveux en brosse plantés
bas sur le front, une barbe drue et son nez long au bout
arrondi, il ressemblait au hérisson de Jaco. Amusé par
lanalogie, Polycarpe lui adressa un au revoir
enjoué. À la
revoyure ! lança le bonhomme. Basile rapportait
quatre assiettes, deux verres, six couverts et un rouleau
dessuie-tout. Cest
le fils de Chimène... Un vieux gars, le cantonnier de
Rochebourg quon appelle Berouette. Le cafetier
initiait Polycarpe aux arcanes du pays. Il connaissait
tout le monde. Quand le café désaffecté, acquis et
restauré par la commune, avait été proposé en
location-gérance dans lintention dendiguer
linexorable agonie du village, la candidature de
Basile, qui était originaire des environs et se
prévalait dun revenu stable de fonctionnaire à mi-temps,
avait été jugée sans risque par les édiles. Je peux
vous tenir compagnie ? Bien
volontiers. Jaime
pas manger tout seul et vous non plus ? Non plus.
Polycarpe remplit
leurs verres. Ils burent une gorgée et Basile jeta sur
son convive un regard espiègle. Alors, quoi
de neuf ? Rien de
spécial... si ce nest la visite de Jaco. Est-il
vraiment le fils de Mama Boubou ? Vrai.
Marrant non ? Elle la adopté. Des parents morts
dans un accident de quelque chose... avion, voiture, je
lignore. Il a été recueilli par Une mère
célibataire peut donc adopter... Eh, la
preuve ! De toute façon, elle a un agrément daide-maternelle,
on ne peut donc pas dire quelle ne sait pas élever
des enfants ! Et puis, elle a dassez bons revenus...
de fait... avec sa peinture. Sa peinture
? Elle est
artiste-peintre ! Elle fait de chouettes tableaux, vous
verrez. À propos, elle signe ses toiles de son vrai nom,
Marie Bulu. On lappelle souvent Mama Boubou, comme
les enfants quelle garde ! Il séclipsa
pour rapporter le potage. « Voilà
autre chose ! » se dit Polycarpe qui discutait avec
un cafetier instituteur et découvrait une nourrice
artiste peintre. En rencontrant
quotidiennement Marie Bulu qui prenait comme lui son pain
à la tournée, ils parlaient du temps et tout en
cherchant la monnaie il leur arrivait parfois de
déplorer les derniers désastres transmis par les ondes.
Dites-moi,
Basile, ma cour derrière la maison, cest la jungle
en pire. Jaurais besoin de quelquun pour me
donner un coup de main. Rémunéré, bien sûr. Pour
faucher ? Défricher
dabord. Jai
bien une idée, dit Basile en remportant la soupière. Quand il revint
avec une omelette appétissante, Polycarpe le relança. Mais
cest pas dans la poche, prévint Basile, un jeune
de vingt-deux, vingt-quatre ans, au chômage. Parfois, il
fait des petits boulots, il sy tient ou il sy
tient pas, ça dépend, faut avoir de lautorité
sur lui. Ici, on lappelle Petit Lu. Il prit un
prospectus sur le vaisselier et inscrivit son adresse. Pour le
téléphone, les Verpré sont dans lannuaire. En rentrant chez
lui après dîner, Polycarpe fit un détour par la rue de
la porte du Nord. Il passa devant la maison de Marie Bulu.
Les volets étaient clos, les lumières éteintes, tout
le monde devait être couché. Il continua son chemin.
Hep !
Dun coin
obscur du petit enclos touffu qui prolongeait la
maisonnette, il vit surgir la maman de Jaco dans une
grande chemise de nuit blanche et froncée. Bonsoir !
Je vous croyais tous endormis. Je profite
de la fraicheur, prononça-t-elle à voix basse. Polycarpe étouffa
sa voix à lunisson : Pour frais,
cest frais ! On ne se dirait pas fin juin. Moi,
ça va, chuchota-t-elle. Je bénéficie de la bonne
isolation de mes kilos. Surtout, japprécie le
calme quand ils sont tous au lit. Je ne sais pas si vous
avez eu des jeunes enfants, monsieur Houle, mais
cest véritablement le seul moment de la journée
où on peut penser. Oh, le hérisson est ressuscité !
Jaco ira vous remercier. Jy tiens, fit-elle
dun ton sévère. Je ne transige pas sur la
politesse, monsieur Houle. Eh
bien, soit. Basile vient de me dire que vous peignez ?
Jaimerais beaucoup voir vos tableaux. Quand
vous voudrez. Ça me fera très plaisir. Oui, vraiment. Bonne nuit,
madame Bulu ! Il entendit en
séloignant un éclat de rire assourdi en cascade.
Il eut limpression quelle se moquait de lui. Pour commander : c'est ici |