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Extrait de livre : prologue

Presse

Extrait : Prologue de la première partie

" Maman a l'air bizarre, pas comme d'habitude. Elle pose devant nous deux assiettes de purée. Elle dit : “Commencez à manger sans moi”. Un moment plus tard, elle revient de la chambre vêtue d'une belle robe ; elle a mis du rouge à lèvres. Léa n'a pas touché à sa purée ; elle reste immobile, la tête penchée, la bouche pincée et les mains sous la table. Maman s'énerve. Léa commence à pleurer. Maman, la force à manger et Léa crie, tousse. Les cris perçants de Léa me font mal à la tête. Maman la regarde avec des yeux durs et la gifle de toutes ses forces ; Léa vomit, sa figure est sale pleine de larmes et de vomi, Maman nettoie sans dire un mot, très en colère et elle s’en va. La porte claque. Je comprends que Maman ne l'aime plus. Que c’est fini.
— Qu'est-ce qui est fini ?
— Léa est trop méchante, je ne veux pas que Maman soit malheureuse à cause de Léa.
— Précisez : qu'est-ce qui est fini ?
— Léa. Sans elle, Maman serait gaie, insouciante. Elle chanterait, elle rirait avec moi. Moi, je ne la mets jamais en colère.
— Et ensuite ?
— La porte claque. La maison devient immense et froide. Je regarde Léa hoqueter, hébétée, avec des petits yeux sournois qui s'éclairent de sa victoire parce qu’elle a réussi à ne rien manger, elle a tenu bon et Maman est partie. Et moi je suis triste et j’ai peur parce que Maman est partie. Et puis Léa se dirige vers l'escalier. Pour monter les marches, elle soulève très haut ses petites jambes en s'accrochant aux balustres. Elle crie : “Maman est méchante, Maman est méchante”. Je la rattrape, j’agrippe ses vêtements, je lui dis : “Ce n'est pas vrai, c'est toi la méchante”. Et je la pousse de toutes mes forces.
— Que se passe-t-il après cela ?
— Je la soulève par les bras et je la traîne jusqu’en haut de l’escalier. Je la couche dans son petit lit. Elle est molle. Ses yeux restent ouverts, mais elle ne répond plus et je cache sa tête sous son oreiller. Après, j’attends dans le couloir que Maman revienne. Dès qu'elle entre, je lui dis : “C'est pas grave, Maman. Léa, elle dort”. Immédiatement, Maman se met à hurler. Ça me fait encore mal à la tête, je me mets dans un coin en me bouchant les oreilles. Ensuite, des gens envahissent la maison, on emmène Léa dans l’ambulance. Maman pleure, elle répète à tout le monde : “Le temps de descendre lui chercher un verre de lait dans la cuisine et la petite est tombée dans l'escalier”.
— Vous savez que ce n’est pas vrai.— Maman me défend de dire que j'ai poussé Léa.
La voix se fait stridente : “C'est un secret pour toujours entre Maman et moi !”


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