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Biographie

Claudine Chollet vit en Touraine depuis l’âge de 10 ans. Après une enfance chaotique et malmenée, c’est une adolescente rebelle qui se réfugie dans la lecture et l’écriture (son premier texte écrit à 11 ans s’intitule «La danse des squelettes » !).

Maîtrise de Lettres en poche, elle passe quelques années à Paris où elle écrit un premier puis un second roman qui attirent l’attention de Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit. Elle collabore à la revue expérimentale du Nouveau Roman « Minuit » où sa plume côtoie celle de Samuel Becket. Elle écrit et rewrite des nouvelles sentimentales pour Nous Deux et Confidences. Elle corrige accessoirement des bulles de BD aux éditions Vaillant (Pif le Chien)

Son retour en Touraine refoule ses ambitions littéraires et elle enchaîne alors des activités professionnelles, associatives et familiales, tout en écrivant quelques nouvelles dans un esprit ludique dont certaines, primées, sont réunies dans le recueil  « Les pavés de l’enfer »

Une coïncidence étrange l’a ramenée vers le roman et elle écrit le Poulpe n°228 « Un petit lapsus très suspect » qui sera retenu par l’éditeur en 2002. Forte du succès de ce petit roman, elle conçoit la série des « Polycarpe » que publient les éditions Odin, un petit éditeur parisien. Trahie par Odin, elle rompt le contrat d’édition et créé sa propre maison, Tutti Quanti, fin 2006, qui publie aujourd’hui les « Polycarpe », au rythme envisagé d’un volume tous les ans<

Billet de l'auteur

L’écriture a été le fil conducteur de ma vie. Pendant des années, j’ai écrit dans la clandestinité en menant d’autres activités, très variées, associatives ou salariées, et une vie de famille classique. Puis, un fameux hasard m’a conduite à écrire un « Poulpe » ce que je raconte sur mon blog ; sa publication a provoqué une réflexion sur l’écriture, l’art littéraire, m’amenant à produire une série policière décalée, la série des « Polycarpe » dont les premiers volumes ont été publiés chez Odin. Mais j’ai rompu le contrat d’édition je viens de créer ma propre structure éditoriale, les éditions Tutti Quanti.


Tant que je n’avais pas franchi les portes de l’université, je plongeais délicieusement dans les romans français, russes et américains du 19è et du début du 20è siècle, sans me préoccuper de la création, du pourquoi ni du comment des œuvres littéraires. J’aimais qu’elles lancent un pont entre leurs auteurs et ma petite personne, qu’elles me transmettent leur expérience, leur conception du monde et des gens, j’aimais qu’elles me téléportent dans leurs mondes parallèles.

La question de l’art littéraire s’est posée naturellement pendant mes études de Lettres, mais la réponse apportée par mes professeurs (Mme Balibar et M. Arrivé, réputés pour leurs publications). a fait voler en éclats ma crédulité et brisé les élans affectueux que je portais à mes écrivains favoris. J’ai cependant ingurgité ces cours avec gourmandise tant ils stimulaient la réflexion, excitaient les neurones, donnant l’illusion aux étudiants d’être devenus plus intelligents que des auteurs prestigieux méchamment réactionnaires : nous étions pétris de théories linguistiques, psychanalytiques, marxistes, heuristiques, qui vouaient aux gémonies le roman bourgeois ! C’était les années 70, le temps de « La Nouvelle Critique », du « degré zéro de l’écriture » de Barthes, de « Qu’est-ce que la littérature ? » de Sartre, de Kristeva, Althusser… Butor et Robbe-Grillet étaient devenus des auteurs modèles. En célébrant la beauté du monde, les Gide, Colette, Giono, n’étaient que des illusionnistes nous induisant en erreur car le bonheur était petit-bourgeois et coupable. On étudiait Stendhal, Balzac, Flaubert comme des paléontologues examinent des fossiles, témoins de ces temps anciens où l’artiste n’était qu’un passeur d’idéologie dominante. Trahissant alors mes premières amours littéraires, je m’emballais pour Claude Simon, trouvais particulièrement esthétiques « les lieudits » de Ricardou, je dopais mon intellect avec « les fruits d’or » de Nathalie Sarraute, et Marguerite Duras - dont j’adorais particulièrement « Les petits chevaux de Tarquina » -
Deux grandes romancières qui tissaient le lien entre l’ancien et le nouveau monde des lettres.
Un doute s’est insinué en moi sur le bien-fondé de ces nouvelles théories quand Jérôme Lindon, le directeur des éditions de minuit, a proposé de publier mon premier roman (qu’il m’avait fait l’honneur de comparer à « L’herbe » de Claude Simon) puis, quelques mois et quelques corrections plus tard, a changé d’avis sous l’influence – m’a-t-il dit – de Robbe-Grillet qui trouvait mon texte pas assez « nouveau roman ».
Quels étaient donc les critères artistiques qui fondaient une œuvre littéraire publiable ?

Cette question est demeurée longtemps confuse et en suspend. Et d’autant plus qu’elle était brouillée par des phénomènes médiatiques portant étrangement certains auteurs aux nues, des publicités vantant les « futurs best-sellers » ou des réactions d’éditeurs à l’envoi de mes manuscrits (utilisant le terme de scénario pour désigner l’histoire d’un roman).
J’ai retrouvé mes griffonnages en marge d’agendas ou de calepins qui tentaient des définitions de l’art littéraire, sans jamais resoudre cette question ardue. D’ailleurs, pour ne pas simplifier les choses, l’art évolue selon les époques : il est indissociable du réel, doit-il s’en affranchir ou le transformer.
Ici où là, j’ai noté:
« l’œuvre doit être comprise, d’accès facile… l’art d’écrire, c’est l’art de s’adresser à quelqu’un… tout l’art consiste à confectionner un texte original en utilisant le contexte social de tout le monde… l’art d’écrire, c’est combiner le langage de manière inédite… un écrivain, c’est un lecteur frustré qui écrit le livre qu’il aurait voulu lire… la littérature crée un monde virtuel qui devient ensuite la réminiscence d’un vécu chez le lecteur… Parler de soi n’atteint jamais à l’universel excepté chez Proust car son « je » est social avant d’être narcissique…
On aura beau lister tout ce qui constitue une œuvre littéraire, un seul critère en fait une œuvre d’art qui peut rendre tous les autres caduques ou au contraire efficients, j’en ai maintenant le certitude : c’est l’humain comme matière, comme matériau, comme pâte à modeler, c’est l’être humain entouré, comme matelassé, de cette aura invisible qui lui donne vie. Il faut que la vie frémisse, que l’humain se transforme au cours d’une œuvre, et jaillisse hors de l’œuvre pour entrer dans l’existence du lecteur.
C’est tellement rare que l’industrie du livre ne peut s’en contenter. Il n’empêche que c’est l’humain - sa petitesse, ses ridicules, ses tragédies, son insondable bêtise, sa tyrannie et, parcimonieusement, sa bonté et son intelligence - qui exsude des œuvres de Molière, de Tchékhov, de Shakespeare, de Boccace, de Goldoni, - pour citer les très grands - et de bien d’autres encore…
»
C’est la pâte humaine qui fonde l’art et le reste n’est que littérature.

Article paru dans le média collaboratif « http://www.vues.fr »

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