La Parenté des Hannetons, vol.7

Résumé :

  En réglant le billet de train d’une pauvre femme attifée comme une clocharde, envers laquelle il éprouve une empathie instinctive, Polycarpe est loin de se douter des conséquences de cet acte de générosité. La disparition de la femme du train et la mort prétendument accidentelle de son frère intriguent Polycarpe qui mène sa septième enquête.
  Avec Imogène, toujours férue de psychanalyse et qui sait décrypter les « synchronicités » mises en évidence par Jung, révélatrices de non-dit et d’oubli, ils exhumeront les terribles secrets d’une famille unie au-dessus de tout soupçon.
  Ce nouveau « psycho polar » polycarpien contient tous les ingrédients du roman policier cosy : l’ambiance, les petites habitudes villageoises, l’humour, le sentiment de vivre aux côtés des personnages comme dans la vraie vie et, pour la plus grande satisfaction du lecteur, le triomphe du Bien sur le Mal.


Ce que l'auteur dit à propos de son livre :

"Les premiers chapitres de La Parenté des Hannetons ­furent écrits pendant et après les attentats terroristes de 2014 et de 2015.

J’ai détruit ce début de roman car il me ligotait à la réalité et me condamnait à émettre ou masquer des opinions sans aucun rapport avec l’esprit de ma série. A mon habitude, j’avais travaillé au petit point, comme une brodeuse, soupesé chaque mot, figé chaque phrase dans l’évidence amidonnée de son achèvement, résonnant d’une petite musique cadencée et harmonieuse et, pourtant, j’ai tout bazardé pour repartir à zéro. Libre et soulagée.

Avoir les deux pieds dans la boue de l’Histoire est une expérience à éviter pour une romancière. J’avais certes mon récit en tête, ma thématique d’inceste et de désamour des familles prétendument formidables, mais j’étais comme aimantée par la réalité dramatique que je suivais sur les chaînes d’infos télévisées ; il me semblait obligatoire de témoigner de la barbarie qui tuait et blessait nos congénères, en injectant la réalité dans la fiction, en envoyant mon personnage principal dans les manifs anti-terroristes... C’était triste et sombre. Ça n’apportait rien au lecteur (qui attend de mes romans une distraction, une vision positive et réconfortante de l’existence, en dépit des meurtres !)

Et surtout, ce n’était pas romanesque.

Or, c’est le romanesque qui prime. Je reproche à beaucoup d’auteurs contemporains d’oublier le romanesque pour flirter avec le journalisme, l’essai, le témoignage, usant du mot « roman » pour se faire pardonner des extrapolations fantaisistes.

J’ai soudain pris conscience de l’influence néfaste, délétère, toxique de l’actualité sur la créativité. Non, le terrorisme ne manipulerait pas ma plume. Non, l’actualité brûlante ne serait pas un élément de ma narration. Le reportage est antinomique de la fiction, en décalage avec le monde virtuel où évoluent les personnages.

Si l’écrivain peut et doit se nourrir de la réalité sociale dans laquelle il vit pour insuffler la vie dans sa création, pour donner chair à ses personnages, il doit procéder à une alchimie complexe qui la transforme : il est comme l’alambic qui extrait l’eau de vie du marc de cuve[*].

Une œuvre littéraire ne peut pas restituer la réalité telle quelle, elle en reconstitue des pans, elle l’évoque ; elle est une « re-présentation » du réel au sens de montrer les choses autrement, sous un autre point de vue que celui du reporter ou du témoin. Elle n'en est pas moins décapante. Guernica vaut un manifeste!

Le roman, c’est la distanciation, c’est donner aux personnages la liberté de vivre autre chose que la réalité de l’écrivain, à un autre rythme. Écrire, c’est distordre le réel que le lecteur redécouvre sous un autre angle : c’est la réalité augmentée du regard de l’écrivain. En cela, voir le monde, ses horreurs comme sa beauté, par le truchement d’un écrivain, d’un cinéaste ou d’un peintre, accroît la conscience du lecteur ou de celui qui regarde l’œuvre."



[*] L’incipit de mon premier livre « Amourante Bulle » évoque, justement, l’eau de vie… à la mémoire de mon grand-père, bouilleur de cru, que j'assistais dans ses oeuvres, dès l'âge de 5 ans. L'alambic rutilant avec ses tuyaux, ses réchauffements et ses refroidissements, et le goutte à goutte limpide est une merveilleuse métaphore de la création artistique.